Les témoins de Jéhovah et l'objection de conscience en Corée

Young-il Hong

L'histoire de l'objection de conscience dans la péninsule coréenne remonte à 1939. Alors que les témoins de Jéhovah japonais ayant refusé le service militaire ont commencé à être arrêtés à partir du 21 juin, cette vague d'arrestation s'est étendue vers Taiwan le 22 et la Corée le 29 juin. De ce fait 33 témoins de Jéhovah ont été inculpés. La plupart des témoins de Jéhovah ayant travaillé en Corée depuis 1939 à la fin de la guerre ont été emprisonnés de par leur objection de conscience. Peu après la division de la péninsule coréenne en une partie nord et une partie sud, suite à la seconde guerre mondiale, la guerre de Corée éclata. Le conflit débuta le 25 juin 1950 et a duré 3 ans. Pendant cette période les témoins de Jéhovah ont refusé la conscription obligatoire, tant en Corée du Nord qu'en Corée du sud, pour motif d'objection de conscience. Pendant les années 50 et 60, les objos étaient habituellement condamnés à des peines de quelques mois à un an de prison. Une peine d'emprisonnement permettait habituellement d'être dégagé des obligations militaires. Cependant, les objecteurs souffraient d'importantes discriminations sociales pour trouver un emploi de par leur casier judiciaire. Le gouvernement militaire arrivé au pouvoir le 16 mai 1961 commença à mettre la pression sur la société coréenne. Les Forces Réservistes Régionales mises en place le 27 décembre 1961 ont été étendues. D'anciens soldats qui avaient rejoint les témoins de Jéhovah et étaient devenus objos, ont alors commencé des punitions corporelles et des amendes. Les fortes amendes et les jugements répétés ont vite empêché les objos d'avoir une vie normale et même de gagner leur vie.

La Cour Suprême de la Corée du Sud s'est prononcé le 22 juillet 1969 sur l'objection de conscience dans les termes suivants : « L'objection dite de conscience ne rentre pas dans le cadre de la liberté de conscience garantie par l'article 17 de la constitution ».

Au début des années 70, le gouvernement militaire a commencé à réprimer les objecteurs de conscience sous différentes formes, les jeunes témoins de Jéhovah étaient incorporés dans les camps d'entraînement militaire par le biais de différents moyens illégaux. L'entraînement militaire a été introduit au lycée en 1970. Les témoins de Jéhovah, jeunes étudiants, ont refusé l'entraînement militaires et furent sévèrement punis en étant battus ou soumis à d'autres châtiments corporels. Ils étaient forcés à quitter l'école et se formaient alors la discrim-ination sociale. Alors que la répression des objecteurs de conscience se faisait brutal et que la discrimination sociale s'intensifiait dans les années 70. Il fut même mis un terme à l'objection partielle au service militaire de certaines religions, qui acceptaient le service non-combattant mais refusaient d'accomplir les manoeuvres militaires le jour du Sabath.

La cour suprême n'a pas reconnu l'objection de conscience des témoins de Jéhovah depuis les années 60. Le 23 juillet 1985 et le 14 septembre 1992, la cour s'est prononcé contre les objecteurs dans les même termes que le jugement du 29 juillet 1969. Que ces décisions n'indique pas pourquoi l'objection de conscience ne tombe pas sous le coup de la liberté de de religion et de conscience rend perplexe. En 1994, quand les liens de la guerre froide se sont relâchés et que la durée du service militaire dans l'armée coréenne fut ramené de 30 à 26 mois, l'article 44 du Code de Justice Militaire, sur lequel se base la répression de l'objection de conscience porte de 2 à 3 ans la sentence maximale pour mutinerie.

Malgré la brutalité des traitements et les condamnations plus lourdes sous les gouvernements militaires, l'objections de conscience des témoins de Jéhovah continue de croître (cf graphique).

Avec le développement de la démocratie en Corée, les coréens deviennent plus tolérants envers l'objection de conscience conduisant à la suppression des pratiques illégales de conscription forcée par l'administration des effectifs militaires depuis 2002, et permettant aux objecteurs de conscience qui comparaissent devant des tribunaux civils d'obtenir des condamnation plus légères. De plus, le 29 janvier 2002, un juge en place a renvoyé un cas d'objection de conscience devant la cour constitutionnelle pour réexamen, soutenant la requête défendant que l'actuelle loi sur le service militaire, ne reconnaissant pas l'objection de conscience, pourrait être anticonstitutionnelle.

Pendant tout ce temps, plus de 10 000 témoins de Jéhovah ont été punis pour leur objection de conscience. Le nombre d'objecteur de conscience témoins de Jéhovah en prison au 15 septembre 2003 était de 767.

Alors que la Corée du Sud, a mis en place une loi très strict concernant le service militaire, l'objection de conscience est devenu le symbole des témoins de Jéhovah, très peu d'objos provenant d'autres organisations religieuses.