Russie: Nouveaux liens entre militarisme et industrie du sexe

De récentes informations de Russie signalent les liens entre le militarisme et l’industrie du sexe qui n’avaient pas été notés auparavant par les mouvements féministes et antimilitaristes. D’après les Mères de soldats de Saint-Pétersbourg, des jeunes hommes conscrits dans une unité basée à Saint-Pétersbourg ont été contraints de se prostituer par des soldats plus anciens. « Au lieu d’avoir un repos bien mérité, les jeunes recrues sont convoquées par téléphone et livrées de nuit à leurs clients de haut rang – y compris des généraux de l’armée » dit Ella Polyakova, responsable de la branche de Saint-Pétersbourg des Mères de soldats, selon un compte-rendu du Times de Saint-Pétersbourg.

Persécutions, extorsion d’argent, abus physiques et viols dans l’armée russe ont déjà été établis, mais les plaintes touchant la prostitution sont nouvelles.

Les prostitués potentiels sont soigneusement choisis par des recrues plus anciennes, et ceux qui résistent sont torturés physiquement, selon les témoignages de recrues que les Mères de soldats ont communiqués au bureau du procureur militaire. Les mères de soldat ont mené une investigation dans le détachement de transmission, nouant contact avec deux recrues décrites dans la lettre comme des prostitués convoqués par téléphone. Mais Mme Polyakova a appris que les deux hommes avaient été démobilisés pour des raisons médicales – l’un pour hépatite C et l’autre pour séropositivité au VIH.

Selon les preuves obtenues par les Mères de soldats, les jeunes recrues devenues prostituées étaient convoquées par téléphone, ou réveillées brusquement la nuit après un contact avec un client demandant un homme d’une certaine taille et d’une certaine apparence.

En juillet 2005, une recrue originaire de Iaroslav, Denis T., a envoyé une lettre au bureau du procureur militaire du district de Leningrad décrivant les horreurs de la prostitution forcée. Le soldat, qui est maintenant de retour chez lui, compare son service militaire à un esclavage brutal.

« Les conscrits plus anciens nous demandent de l’argent, et forcent les nouveaux venus de se vendre dans la rue » écrit Denis. « Je ne voulais vraiment pas y aller. Mais à la fin ils m’ont eu et ont brisé ma volonté. La nuit, ils m’ont envoyé – avec les autres à cet endroit près du monument de Catherine la Grande. »

Le jardin entourant le monument est bien connue localement comme l’endroit où tournent les hommes qui se prostituent et ceux qui cherchent leurs services.

« Passez vers le monument de Catherine la Grande sur l’avenue Nevsky la nuit, et il y a de grandes chances que vous voyiez certains des types décrits dans la lettre » dit Mme Polyakova.

Après le procès qui a suivi, Denis a été démobilisé de l’armée, mais aucun des entremetteurs n’a été puni.

Sources (en anglais) : Le Times de Saint Pétersbourg, 13 février 2007, BBC, 13 février 2007