Arrêtons les profiteurs de guerre ! La guerre est un crime contre l´humanité"

Au cours de l'année écoulée, l'Internationale des résistant-e-s à la guerre a développé un nouveau «Programme de Nonviolence». Le but général de ce programme est de renforcer et d'approfondir notre compréhension de la nonviolence, des stratégies nonviolentes et des modes d'actions nonviolents, afin de développer et de mettre à disposition des outils et du soutien aux groupes utilisant la nonviolence (cf. Le Fusil Brisé n° 55). Un aspect de ce travail est le développement des ressources pour la campagne de l'IRG contre les profiteurs de guerre.

Lors du Forum social de Mumbai, en janvier 2004, Arundhati Roy a appelé le mouvement « à être la résistance à l'occupation de l'Irak » et à se concentrer sur deux entreprises majeures profitant de l'occupation. L'IRG répond à l'appel d'Arundhati Roy, pour qu'on ait conscience que les profiteurs de guerre sont une cause de la guerre.

L'exigence antimilitariste de l'IRG n'est pas juste de « retirer le profit de la guerre », mais de dénoncer les profiteurs de guerre car « la guerre est un crime contre l'humanité ». La capacité de ces entreprises à intégrer les processus de décisions politiques est tellement immense, que dire « ils font la guerre pour le profit », plutôt que « ils profitent de la guerre » pourrait être plus juste. On peut ainsi en déduire que les bénéfices effectués sur la guerre en sont une des causes.

Le processus de développement de la campagne a débuté en 2004, lors de notre conseil à Ohrid (Macédoine), où nous avons réfléchi à des stratégies et des objectifs à envisager. À la réunion du Conseil en 2005, à Séoul, nous avons discuté sur comment répondre à l'appel de Arundhati Roy, quant à se concentrer sur deux conglomérats principaux, et sur le soutien à apporter aux campagnes locales et régionales. En 2004, l'IRG a animé deux forums publics relatifs à cette campagne : « la privatisation du militaire/les profiteurs de guerre » lors du séminaire d'Ohrid, et « campagne nonviolente contre les profiteurs de guerre » lors du forum social européen.

Ce furent des ateliers d'information d'une part, et une opportunité pour solliciter des idées d'autre part. La campagne de l'IRG conte les profiteurs de guerre combinera une campagne internationale centrée sur deux multinationales et une mise à disposition d'outils pour des campagnes locales. L'apport du « Programme de Nonviolence » se situe au niveau de la coordination, laquelle inclut un partage des stratégies mais la campagne en tant que telle sera la somme des campagnes locales, et non une campagne unique en provenance d'un bureau central. La campagne a besoin de s'appuyer sur le réseau de l'IRG, mais nous voulons aussi l'étendre au-delà et travailler avec des groupes extérieurs : ceux issus des mouvements dits "altermondialistes" ou ceux qui s'opposent aux transferts d'armement.

Une part du travail de coordination consiste dans la proposition de slogans et d'un logo pouvant être adoptés par les campagnes locales. Dans cet optique, deux slogans nous sont venus à l'idée. Un slogan général « Arrêtons les profiteurs de guerre ! La guerre est un crime contre l'humanité. » qui sera utilisé avec le logo de la campagne. Un second slogan « Ils profitent à mort de la guerre ! » qui pourra être utilisé pour exposer les entreprises en pointant le doigt sur elles ; par exemple « Sodexho profite à mort de la guerre ! ». Il pourra être mis sur des banderoles, tracts, autocollants, etc.

Les Défis

Ne serait-ce que déterminer quelles entreprises nous allons choisir parmi les profiteurs de guerre est un « challenge ».

Nous n'avons les moyens de nous concentrer que sur deux multinationales au niveau international. Il y a tant de profiteurs de guerre différents - producteurs d'armement, mercenaires, entreprises de reconstruction, banques, etc. Beaucoup des profiteurs de guerre impliqués en Irak sont des compagnies américaines, et le danger d'un ressentiment anti-américain existe à ne s'opposer qu'à des compagnies américaines. D'un autre côté, les conglomérats américains dominent la scène et nous devons le mettre en avant. Il est important de comprendre que le problème reste universel et nous devons nous intéresser aussi à l'implication des entreprises européennes. C'est une campagne contre tous les profiteurs de guerre, pas seulement ceux impliqués en Irak. Les groupes décideront localement contre quels profiteurs de guerre faire campagne. Certains décideront peut-être de se pencher sur les multinationales choisies par la campagne internationales, alors que d'autres se tourneront vers des entreprises basées localement ou les affectant plus particulièrement.

L'organisation au niveau local peut parfois se révéler difficile en raison des emplois qui sont pourvus par ces entreprises.

Il est important que cette campagne ne soit pas une simple duplication des réseaux contre les transferts d'armements, mais qu'elle renforce le travail contre le profit effectué sur la guerre.

Un défi vital pour le développement de la campagne contre les profiteurs de guerre est d'identifier des objectifs pouvant être atteints. Notre but est-il réellement de fermer une entreprise qui profite de la guerre ? Si nous arrivions à le faire, est-ce qu'elle ne serait pas vite remplacée ? Si nous arrivions à sérieusement toucher une entreprise, ne serait-ce pas un message fort envoyé aux autres, en particulier les autres cibles de la campagne ? En recherchant les objectifs à atteindre, nous devons bâtir des stratégies pour prévenir leurs conséquences.

Les Opportunités

Quelles sont les opportunités et situations dont nous disposons pour la campagne ? La force de l'IRG est de soulever des questions d'ordre moral comme point de départ des actions. Le profit effectué sur la guerre est une problématique d'ordre moral. Le constat fondateur de l'IRG - la guerre est un crime contre l'humanité - a plus que jamais besoin d'être mis en avant. Alors que les statistiques quant aux morts en Irak explosent, et que les "raisons" invoquées pour cette guerre sont prouvés être des mensonges, la question : « À qui profite la guerre ? » doit être posée. La reconstruction après un conflit demeure nécessaire pour légitimer l'intervention militaire. Les profiteurs de guerre sont des entreprises qui détruisent, « protègent » et reconstruisent. Et les profiteurs de guerre promeuvent les conflits pour leur intérêt. Les entreprises faisant leur beurre sur la guerre ne veulent pas être vues sous ce jour. Être exposée est une des vulnérabilité de ces entreprises. Elles cherchent à cacher au public qu'elles profitent à mort de la guerre. La publicité sur ces profits les rendent plus vulnérables.

Stratégies pour développer la campagne

  • Développer les outils relatifs aux profiteurs de guerre. Collecter les infos, développer la recherche et les stratégies de campagnes. Le Carnet de la Nonviolence développé par l'IRG et notre encyclopédie interactive, wiki, sur le sujet pourront être des outils pour la campagne.
  • Publier des exemples de campagnes contre les profiteurs de guerres ou d'autres entreprises, comme outils de construction pour notre stratégie de campagne.

  • Distribuer l'information quant aux moyens pour chacun de faire ses propres recherches sur les profiteurs de guerre.
  • Promouvoir l'entraînement aux actions directes non-violentes dans l'optique des actions de rue et pour le développement de la stratégie non-violente de la campagne ; être un centre de ressource pour les groupes locaux.
  • Partager les stratégies mises en place localement et les coordonner si c'est approprié.
  • Envisager la rédaction d'un « code de conduite » par lequel les entreprises s'engageraient à ne pas profiter de la guerre (de manière similaire à l'engagement contre l'exploitation des enfants).
  • Faire de la campagne contre les profiteurs de guerre une priorité de la conférence triennale de 2006 en Allemagne, par le biais d'un groupe thématique qui nous rassemblera au niveau international pour se concentrer sur la campagne.

Joanne Sheehan prèsidente de l´IRG
Javier Garate Permanente L'IRG
Traduction Tikiri