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De l'Ecole des Amériques au Chiapas

Anne Herman

En novembre dernier, peu après m'être inscrite à une session d'entraînement du "Christian Peacemakers Team" (CPT), j'ai décidé de participer à une marche en forme de procession funéraire qu'un groupe d'action contre la tristement célèbre "School of the Americas" (Ecole des Amériques) organisait afin de commémorer l'assassinat de sept Jésuites au Salvador dans les années 80. C'était la deuxième fois que je franchissais l'enceinte de la base militaire de Fort Benning, en Géorgie (USA). Trente-deux des 600 personnes présentes avaient déjà été condamnées pour "entrée non autorisée". Je m'attendais tout au plus à devoir retarder ma coopération à l'équipe des Christian Peacemakers d'un ou deux mois. En fait, ce furent six mois de prison et 3010 dollars d'amende qui me furent infligés. J'ai donc entamé ma première mission d'observatrice du CPT à la prison fédérale de Danbury, le 30 janvier de cette année. Il me paraissait logique de poursuivre par une mission au Chiapas, puisque de nombreux responsables militaires mexicains avaient reçu une formation aux techniques de répression au sein de "l'Ecole des Amériques".

Ici, au Chiapas, notre équipe s'est récemment rendu à Polhó, une communauté d'environ 9000 personnes, dont près de 8 000 réfugiés ayant fui la violence de l'armée et des groupes paramilitaires opérant dans la région. Elle se situe à environ 10 minutes de voiture d'Acteal, où se déroula le massacre de décembre dernier. La communauté est pratiquement en état de siège, entourée de campements militaires, et le danger est réel de voir l'armée s'emparer de ses dirigeants, et d'autres personnes, pour les séquestrer sous de faux prétextes. Peu après notre arrivée à Polhó, j'ai commençé à ressentir des impressions familières et je me rendis rapidement compte qu'il s'agissait d'émotions similaires à celles que j'avais éprouvées en prison. Je ne me doutais alors pas que le temps passé "coupée du monde" me préparerait à la vie dans une communauté indigène.

Les réfugiés forment une "ceinture de paix", assis par terre devant l'entrée, afin de dissuader les soldats de pénétrer dans le camp. A la place des camionnettes de surveillance de la prison, ce sont des véhicules militaires qui circulent sur la route d'enceinte, mais le sentiment d'être constamment observée et menacée reste le même.

Il y a toujours du bruit, aussi fort qu'à Danbury. J'imagine que la surpopulation y est pour quelque chose. On entend toujours de la musique. A Danbury, elle venait des radios des détenus ; à Polhó, d'un haut parleur. Dieu merci, j'ai appris à l'ignorer.

Il n'y a aucune possibilité de se ménager un espace personnel. A Danbury, je partageais une cellule de 2m sur 2.8m avec une autre personne, avec des lits superposés. Ici, nous partageons notre chambre avec d'autres militants, venus de l'extérieur pour apporter leur aide, et avons encore moins de place. Je ne sais jamais si quelqu'un ne va pas me braquer sa lampe de poche dans les yeux en plein milieu de la nuit ou avoir une conversation nocture dans le lit adjacent.

Les toilettes de Polhó sentent mauvais, mais pas autant que celles de Danbury. Il y est tout aussi difficile de s'isoler réellement, mais au moins, à Polhó, on peut verrouiller la porte. Le nombre de douches et de toilettes est très insuffisant dans les deux cas, mais Polhó a l'avantage d'offrir suffisamment d'eau. Pour ce qui est des aspects positifs, dans les deux endroits, les gens font preuve d'un même sens de l'humour et de la même aptitude à rire face à l'oppression. Ils utilisent des trésors d'imagination pour vaincre l'adversité. J'admire profondément la vitalité des femmes de Polhó et leur solidarité. Elles offrent un exemple, dont j'aimerais que les femmes opprimées de mon pays s'inspirent.

Le Christian Peacemaker Team est une initiative en faveur de la réduction de la violence dans le monde. CPT, PO Box 6508, Chicago IL 60680, USA (+1312 455 1199; fax +1 312 666 2677; http://www.prairienet.org/cpt/).