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Puissance nucléaire reconnue, superpuissance émergeante, observateur au G8 et aspire à un siège au conseil de sécurité de l’ONU.

Anand Mazgaonkar

Le président Obama sourit devant Manmohan Singh, le Premier ministre indien. La secrétaire d’État, Hillary Clinton, l’invite à déjeuner. Le président de la Banque mondiale soutient ses vues économiques et le directeur du FMI encourage ses efforts pour mener son pays dans la voie d’une croissance soutenue. L’Inde débarque sur la scène mondiale.

Oubliez les suicides de plus de cent cinquante mille paysans. Ne pensez pas aux millions de personnes déplacées sans aucune compensation depuis cinquante ans. Négligez le fait que l’État sert des intérêts privés et devient leur bras armé. Restez sourds au consensus entre les grands partis politiques (alors qu’ils prétendent offrir une alternative). Voilez-vous la face devant le pillage des forêts et des ressources minières dans des zones habitées par des peuples indigènes. Quelle importance tant qu’on peut narrer l’édifiante histoire de l’Inde à toute la planète, tant qu’on peut clamer sur tous les toits une croissance de 7%, tant que les acteurs et les mannequins indiens sont acclamés respectivement lors des festivals cinématographiques et des concours de beauté ?

Tandis que Bush et ses successeurs – démocrates ou républicains, peu importe – mènent leur guerre contre le « terrorisme », la Fédération indienne lance sa propre guerre contre les « maoïstes ». La routine, qu’on se trouve aux États-Unis ou en Inde ; qu’on soit républicains ou démocrates, membres du Parti du Congrès ou du BJP.

Les déplacements induits par le développement ont les mêmes effets que des bombardements pendant une guerre. Ils déracinent sans doute plus de personnes qu’un tsunami ou un cyclone. Des personnes dépossédées, déresponsabilisées, déqualifiées et déshumanisées. La seule différence, peut-être, réside dans la brutalité du changement. On découvre des parallèles remarquables entre les facilités offertes par le gouvernement américain aux opérations de Chevron, Halliburton, Boeing, Lockheed Martin et Bechtel en Irak ou ailleurs, et celles procurées par le gouvernement indien pour l’acquisition et la privatisation de forêts et de gisements miniers par Tata, Reliance, Mittal et Jindal.

Car l’air du temps, la mode est à :

  • La mutation du rôle de l’État : il feignait incarner l’État providence, mais ne joue plus quand il s’agit de servir la soupe aux intérêts privés.
  • La manifestation d’un intérêt de pure forme à la « démocratie », aux « droits de la personne humaine », à la « justice », aux « développement durable », au « développement participatif », qu’on se trouve à Kaboul, Bagdad, Kalinga Nagar ou Nadigram.
  • La marchandisation : seul-e-s celles et ceux qui en ont les moyens ont le droit de respirer un air pur et de boire une eau propre.
  • L’universalisation des normes de la classe moyenne : mode de vie, aspirations et vente de rêves clés en main qui ne seront jamais réalisés.
  • Une absence pathologique de sensibilisation aux problèmes de l’augmentation de la violence et de l’iniquité qui caractérisent nos sociétés.
  • Un déni de la violence systématique d’État qui existe dans la société et un rejet de l’autodéfense et de la résistance immédiatement cataloguées comme « antinationales », « anti-développement », voire « maoïstes ».
  • Dresser les individu-e-s les un-e-s contre les autres. Généralement les pauvres. Par exemple, monter ouvrier et ouvrières contre les paysan-ne-s sans terre.
  • Être une économie de service, capable d’envoyer des satellites, d’exporter des fleurs et des logiciels, mais obligée d’importer de la farine et de l’huile.

Est-ce une fatalité ? Le « développement » demeure-t-il le monopole de l’État et des intérêts privés ? La paix est-elle le domaine réservé de l’ONU, des gouvernements ou des militaires ? Existe-t-il encore des individu-e-s, quelque part ? L’expérience nous enseigne que les États-Unis et ses laquais n’apporteront pas la paix en Afghanistan ou en Irak grâce à leurs armes et à leurs armées. Le gouvernement indien ne triomphera pas de « l’insurrection maoïste » en usant de sa police et de ses forces paramilitaires. Seule la pression publique pourra ramener ces gouvernements à la raison. Souvenez-vous des millions de personnes qui ont défilé contre la guerre dans plus de huit cents villes en février 2003. Ce n’était qu’un début. Ce n’est pas suffisant. Le chemin est encore très long avant que la volonté du peuple soit reconnue autrement que lors de quelques rares élections. Les gouvernements ne sont d’ailleurs pas les seules institutions qui doivent être radicalement transformées. La démocratie actuelle – à travers le monde entier – est dépourvue de signification tant que les parlements, les médias et la justice ne changeront pas du tout au tout. Au niveau pratique, nous devons par exemple mettre suffisamment de pression sur les États-Unis, le Royaume-Uni, et autres, pour interrompre le pillage du pétrole irakien et obtenir l’abrogation des MOU en Inde (Memoranda of Understanding, protocoles d’accord libéralisant l’exploitation des forêts et des gisements miniers dans les zones peuplées par les Adivasis, peuples aborigènes de l’Inde. Ces accords ont été signés avec Mittal, Tata, Essar et Jindal. La société dans son ensemble pourrait reconnaître que les militants islamiques d’Afghanistan ou d’Irak, et les maoïstes d’Inde ne sont pas une création ex nihilo. Il existe un lien intangible entre l’injustice et la naissance des insurrections. La pauvreté et l’injustice où qu’elles sévissent sur la planète résonnent désormais à une échelle mondiale. Nous devons aussi comprendre que les gouvernements ne pourront, ni ne voudront, résoudre aucun de ces problèmes. En revanche, ce sont les efforts nonviolents des individu-e-s et des groupes issus de la société qui nous amèneront tous à la table des négociations.

Prochaine étape, des principes non négociables devront être établis : Les modes de vie traditionnels et les activités et ressources qui en découlent, terre, forêts, eau, animaux, ne pourront être affectés sans un dialogue élaboré (dans la plupart des situations les consultations publiques sont au mieux des parodies de démocratie), c’est-à-dire un cadre légal approprié dans lequel les personnes touchées ont, de facto et de jure, la possibilité de mettre leur veto sur des décisions impliquant leur survie.

Les compensations financières sont un affront fait à ces vies déjà anéanties par les ravages des projets de développement, tandis que les États usent de violence pour déplacer et déposséder des peuples entiers.

La paix et la justice sur cette planète demandent une autre forme de mondialisation. La mondialisation de la nonviolence, de la résistance nonviolente, ouvre les portes à la compréhension et à la solidarité mutuelles plutôt qu’aux marchés.

Traduction: Tikiri

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