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Protection contre la répression au Belarus

Face à la dure montée des mesures répressives du gouvernement au Belarus et de ses services de sécurité, l’opposition y est de nos jours presque impossible pour être active socio-politiquement. Cependant, pour Nash Dom (« Notre maison » en russe), un réseau de protection des droits des citoyens (qui depuis 2005 coopère avec la Fédération allemande pour la défense sociale - FSD), il est devenu plus facile de se protéger contre la répression de l’État depuis ces deux dernières années.

Pour analyser les méthodes de répression et développer des stratégies que peut utiliser l’opposition du Belarus, nous distinguons plusieurs niveaux de répression et différents types de victimes. La répression a lieu à la fois sur ordre des autorités locales et du gouvernement central. Elle est dirigée contre des gens au hasard et des personnes ciblées. Son sens, tant au niveau local que central, reste surtout de nature administrative, comme la révocation d’un emploi ou le renvoi de l’université. De plus, les militants sont intimidés par des menaces des forces de sécurité, ou, parfois, sont internés de force dans un hôpital psychiatrique. Ces mesures ne touchent pas que les militants, mais aussi leurs parents. Des morts mystérieuses et des disparitions d’opposants politiques sont survenues, sur ordre exclusif du gouvernement central (par exemple en 1999), bien qu’elles aient été rares. Au niveau du gouvernement, la répression politique arrive par vagues, utilisées dans le passé comme propagande pour mobiliser la population et l’appareil d’État contre « l’ennemie intérieur », distrayant l’attention des autres problèmes. Au niveau local, cependant, la répression est personnelle et à long terme, car les officiels et les militants de l’opposition et de la société civile se connaissent habituellement les uns les autres et ont des relations fréquentes. Les victimes au hasard sont celles arrêtées pendant des actions politiques. Lors des vagues centrales de persécutions, des officiels locaux utilisent aussi une répression ciblée contre les « suspects habituels » (individus ou organisations), actifs dans des secteurs spécifiques. La répression systématique des individus, dans le but de les éliminer ou de les alarmer, n’est qu’un petit aspect des persécutions politiques. Toutefois, les victimes peuvent difficilement s’y opposer.

Contrer la répression
La FSD allemande, dont l’objet est la transformation nonviolente des conflits, travaille avec « Notre maison ». De cette collaboration ont émergé plusieurs stratégies de résistance nonviolente contre la répression de l’État. Après sa fondation, en 2004, « Notre Maison » se concentre sur la défense des militants, développant des méthodes et gagnant en expérience. Les deux premières années « Notre maison » a agi discrètement et exclusivement au niveau local, traitant des problèmes comme le pavage des rues, et l’urgente restauration des maisons. Avec sa montée en puissance le réseau a été reconnu nationalement, entrant dans la sphère publique et pouvant enfin faire face au gouvernement. Les méthodes et stratégies de « Notre maison » peuvent se répartir en quatre niveaux d’actions :
éviter d’être pris pour une cible,
développer la solidarité avec les persécutés,
poursuivre les auteurs de répression,
protéger ses propres structures de la destruction.

1. Éviter d’être pris pour une cible par l’État signifie de ne pas se laisser prendre comme une proie en restant très en vue. Les jeunes hommes, dont les activités politiques sont souvent décrites comme des actes de vandalisme et qui sont ciblés pour ça, sont plus difficiles à protéger que des grand-mères. Les jeunes hommes peuvent facilement être représentés comme des ennemis du système, ce qui rend légitime leur persécution. L’expérience montre qu’il est mieux de confier les taches les plus risquées à des gens plus âgés ou retraités, au lieu des jeunes militants. Ils peuvent être en mesure de prendre plus de risques quand ils affrontent la police, parce que la violence contre eux est condamnée non seulement dans la société mais aussi dans la police elle-même.

Éviter d’être pris pour une cible veut aussi dire de ne jamais ouvrir volontairement la porte de votre appartement à la police, même si le FSB ou la gendarmerie demande juste une entrevue. La police ne peut pas pénétrer sans un mandat et particulièrement en cas de répression à l’aveuglette il est efficace de ne pas ouvrir sa porte. Pour passer à travers une persécution sélective, par contraste, il peut être nécessaire pour un militant de quitter le pays pour quelques mois (si possible). Grâce aux outils de communication modernes, l’exil volontaire est devenu une moindre restriction sur l’activité politique qu’autrefois. La coordinatrice de « Notre maison », Olga Karatsch s’en est servi comme un atout pour agir au vu du réseau dans la sphère publique, de sorte que d’autres puisse opérer sans être repérés.

2. Développer la solidarité avec les victimes de répression politique a prouvé son efficacité. « Notre maison » n’a pas seulement envoyé des cas de contrôle ou d’arrestations policières pour les expertiser du point de vue de la protection légale, mais aussi mobilise le plus de militants et de sympathisants possibles, conduisant à un groupe de personnes se rassemblant devant le poste de police, « qui mettent la pression sur les officiels ».

Cette solidarité est très efficace en cas de poursuites au hasard et peut prévenir une arrestation ou amener à une rapide libération des détenus. Pendant les jugements « Notre maison » mobilise aussi des soutiens, qui montrent leur solidarité avec les accusés en rendant public leurs cas.
Une solidarité active encourage les persécutés à poursuivre leur travail politique. De sorte qu’ils puissent être soutenus par leur milieu social, il a été prouvé l’importance d’associer leurs familles et leurs amis dans ce travail de solidarité. C’est très pertinent car les parents d’un militant peuvent également être l’objet de répression et perdre leur travail. Bien que cela reste le plus souvent des menaces, des parents de militants mal informés n’y prêtent souvent pas attention.

3. Le travail de « Notre maison » démontre que la protection des victimes de la répression peut difficilement être séparée de la confrontation avec les responsables officiels. Afin de poursuivre les répressions officielles, « Notre maison » exploite les faiblesses de l’appareil d’État, qui, bien qu’il apparaisse comme un indestructible monolithe, est l’objet de luttes de pouvoir internes et de conflits. Le Président Lukashenko joue intentionnellement ses opposants les uns contre les autres afin de sécuriser son pouvoir. « Notre maison » peut se servir de la même tactique : à travers des plaintes formelles, objections, appels et autres mesures, les militant peuvent poser des demandes dans le langage de la bureaucratie – pour des réponses régulières, réactions et procédures. Ils obligent les officiels concernés à expliquer leurs décisions par écrit (les forçant à prendre leurs responsabilités), ce qui peut être utilisé plus tard contre eux. Comme un résultat, les officiels seront empêtrés dans des règlements contradictoires, souvent inconstitutionnels. Au point qu’il devient difficile même pour des juges acquis au régime de publier, justifier ou discuter les interprétations. Ainsi, les erreurs de procédures par les officiels peuvent être rendues publiques. De plus, « Notre maison » porte sur la place publique les mauvaises conduites formelles ou morales, afin de mettre la pression sur les officiels. Pour accroître cette pression, « Notre maison » fait appel sur la répression officielle auprès des familles, voisins et collègues. Cela a déjà conduit à la relaxe publique à partir des devoirs des officiers de police et des contrôles mutuels entre collègues. « Notre maison » demande actuellement l’aide de plus de mille officiers de police pour vaincre les violences policières contre les femmes à travers tout le pays. Les militants de « Notre maison » sont traités avec courtoisie et tact.

4. En plus de la stratégie décrite ci-dessus, les structures de l’opposition doivent être protégées. Comme la taille et la visibilité du mouvement d’opposition au Belarus augmente, il courre le risque d’une destruction ciblée par le pouvoir central. Auparavant, cela n’était pas particulièrement difficile, d’autant que les partis et les mouvements reposent habituellement sur un leader fort et une hiérarchie structurée. Si le chef est emprisonné ou diffamé publiquement, l’organisation est paralysée. Pour s’en protéger, les organisations, réseaux et campagnes, ajustent leurs structures en conséquence et développent une culture de la sécurité. Chaque association doit y travailler par elle-même et trouver les moyens d’y parvenir. La pratique de « Notre maison » ne sera pas détaillée ici pour des raisons de sécurité.

Un important aspect est la protection contre la diffamation politique liée à la propagande du gouvernement. Pour y arriver, « Notre maison » essaie de se présenter comme un « avocat des petits gens » et de construire un solide réseau de supporters avec ses propres canaux de communication vers la population locale. Cette faculté de mobiliser la population pour sa défense, fait peur aux autorités à cause du scandale possible que « Notre maison » peut faire éclater.
Le travail de « Notre maison » montre, en dépit d’une répression croissante, qu’il est possible de défendre le peuple du Belarus avec des méthodes nonviolentes. Pourtant, ce n’est malheureusement pas le cas pour de larges pans de l’opposition, dont l’enracinement est faible dans la population et dont les stratégies et méthodes de défense face à la répression échouent en raison de discordes et désillusions. Comme les gens « normaux » deviennent de plus en plus attentifs contre cet état de répression qui les touche dans leur vie quotidienne, ils offrent davantage de solidarité et de soutien aux victimes de répression politique. Cela conduit à un plus grand intérêt pour contrôler la police et les services secrets.

Sarah Rossa et Björn Kunter
(traduit du russe en anglais par Tanyo Vasilev; traduit du anglais en français par René Burget)