Prendre en compte le genre dans les formations à l'action nonviolente

Article du Fusil brisé n° 80 de cembre 2008. Cet article est le produit de contenus du Manuel pour des campagnes non violentes et d'une session sur les relations de genre et la nonviolence lors de l'échange international de l'IRG sur la formation à la nonviolence qui s'est déroulé à Bilbao en octobre 2008.

Il peut paraître simple et évident que nous souhaitions que les hommes comme les femmes soient impliqué-e-s dans nos luttes contre la guerre et l'injustice. Cependant, si nous voulons tirer le meilleur parti des talents, de l'énergie et des idées des un-e-s et des autres, il est nécessaire de nous organiser, de préparer nos campagnes et de conduire nos formation à l'action en tenant compte du genre.

Pourquoi ? Parce que le genre, la masculinité et la féminité, la définitions des rôles dans nos sociétés en fonction du sexe nous influence tou-te-s. Et les traditions sociales qui ont construit la masculinité dominante, agressive et dirigeante, et la féminité comme faible, soumise, et servante sont profondément ancrées dans chacun-e d'entre nous. Considérer le genre nous aide à nous assurer que nos actions et campagnes nonviolentes ne perpétuent pas les mêmes injustices que celles que nous combattons.

Dans les luttes antimilitaristes, la considération du genre et les analyses prenant en compte le genre sont aussi des outils utiles pour créer une stratégie efficace. Le genre imprègne chaque conflit. Ce n'est pas forcément une cause directe, mais les perceptions différentes de la masculinité et de la féminité sont au cœur des raisons pour lesquels les populations se battent. Les structures militaires sont organisées pour fonctionner en se basant sur une certaine idée et certains présupposés quant aux rôles des hommes et des femmes. Pour mettre en place des systèmes et un cadre nonviolents dans la résolution des conflits, nous devons imaginer de nouvelles hypothèses et attentes quant aux genres.

Pourquoi la violence basée sur le genre serait-elle l'affaire des mouvements pacifistes ?

La perspective de genre apporte au travail pour la paix et la justice des idées importantes. Les a priori sur la masculinité et la féminité sont à la racine de la violence et sont utilisés pour soutenir les conflits armés. Le niveau de violence dont sont victimes les femmes et les filles en temps de paix sont un indicateur important pour mesurer combien une société est réellement juste et en paix. Les organisations pour la paix et la justice qui veulent mettre un terme à la violence des guerresseront plus efficaces si elles intègrent et s'opposent à l'ensemble du spectre de la violence dans leur société.

Les survivant-e-s à la violence de genre en tant de guerre savent que la réconciliation est imossible sans une justice de genre. Le silence quant à la violence sexuelle contre les hommes et les garçons doit aussi être brisé. Les mouvement pour la paix ne peuvent ignorer les problématiques liant la guerre et le genre, telles la militarisation accrue des femmes, les aptitudes que les femmes et les filles peuvent apporter à la construction de la paix et à mener cette construction, et comment les présupposés de genre encouragent les hommes à se battre.

Pourquoi la perspective de genre est-elle important dans notre travail ?

Celles et ceux qui travaillent au changement social assument souvent une liberté quant aux présupposés intériorisés quant au genre, ne nécessitant pas d'apprendre et de changer soi-même. Créer de la conscience et nous remettre en question ainsi que la dynamique au sein de nos organisations quant aux problématiques de genre est une transformation organisationnelle et personnelle qui agit en soi pour démanteler la violence structurelle dans nos société.

C''est difficile de travailler sur son rapport au genre car cela concerne chacun et chacune d'entre nous, et que nous ne pouvons y couper. Parce que nous sommes directement touché-e-s, nous sommes souvent confronté-e-s à la crainte quand la problématique est soulevée. Nous ne savons comment nous y prendre ou nous ne le souhaitons pas, et nous avons peur de créer encore plus de conflit et de divisi on. Il est souvent facile de dire que ce n'est pas notre priorité. Pour nous encourager, nous pouvons prendre pour exemple d'autres groupes et mouvements qui ont commencé à soulever ces questions.

Pourquoi prendre en compte le genre doit être un pan de la formation à la nonviolence ?

Parce que les femmes sont la moitié de chaque communauté et que les travaux de construction de la paix sont si géniaux, hommes et femmes doivent être des partenaires dans les processus de la construction de la paix et de la lutte contre la violence.

Parce que le sexisme, le racisme, les discrimination de classe, de religion ou d'ethnie prennent source dans le même terreau de croyance selon lequel certaines personnes sont intrinsèquement « meilleures » que les autres, l'émancipation des femmes devrait être tout aussi intrinsèque au processus de construction de la paix. Tout autant que les structures sociales qui érigent des personnes comme supérieures aux autres, les croyances sexistes selon lesquelles les vies des femmes valent moins que celles des hommes mènent à la violence à l'encontre des femmes. Quand les femmes s'engagent pour la paix, elles s'opposent souvent à ces croyances sexistes au même titre que d'autres mécanismes de discrimination envers les populations.

Parce que les femmes sont garantes des familles dans bien des cultures, tous et toutes souffrent quand les femmes sont opprimées, victimisées et exclues de la reconstruction de la paix. Leur rôle central dans la vie de la communauté rend essentiel leur inclusion dans le processus de paix.

Parce que les femmes ont les capacités tant pour la violence que pour la paix, les femmes doivent être encouragées à user de leurs qualités pour construire la paix.

Parce que les femmes sont bien des fois exclues des prises de décision dans la sphère publique, exclues des sphères dirigeantes, et exclues des opportunités éducatives dans bien des communautés de par le monde, il est important de créer des espaces de formation spécifique pour donner aux femmes le pouvoir d'utiliser leur capacité à travailler à la construction de la paix.

Parce que les femmes et les hommes ont des expériences différentes de la violence et de la paix, les femmes doivent doivent pouvoir contribuer de leurs apports et habiletés spécifiques au processus de construction de la paix, et doivent y être encouragées

Parce que les femmes ont prouvé partout dans le monde avec succès, qu'elles sont des bâtisseuses de paix, plus de femmes ont besoin d'être encouragées à s'impliquer dans les processus de paix comme stipulé par la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies.

Liste d'outils et/ou d'exercice pouvant être utilisé pour les formations au genre et à la nonviolence

Les célébrités. Demander aux personnes d'un groupe de proposer des noms pour des statues qui seront érigés dans un énorme parc, avec la possibilité d'inclure de nombreuses célébrités : politicien-ne-s, musicien-ne-s, acteurs & actrices, etc. Un fois fait, comparer la parité de genre.

Le dîner familial. Se diviser en petit groupe de 5 ou 6 personnes. À chaque groupe est demandé de donner une scène de leur enfance où tous les membres de la famille étaient présent-e-s. Représenter un dessin de la scène avec l'emplacement de chacun-e, ce qu'il/elle fait, qui contrôle. Une fois les scènes partagées, créer une discussion sur les différents rôles joués dans la scène en fonction du genre des protagonistes. Poursuivre la discussion en « démilitarisant » les scènes.

Messages sur le fait d'être l'homme ou la femme de la situation. Diviser le groupe en deux, hommes et femmes séparées, leur demander d'écrire et déposer dans une urne tous les messages que donnent la société sur comment être un homme ou comment être une femme. Il est ensuite demandé à chaque groupe tous les noms dont il/elle sera affublée si ses membres ne sont pas les hommes ou les femmes qu'ils/elles devraient, et aussi la liste des noms qui seront donnés à celles et ceux souhaitant sortir du carcan. Poursuivre avec une discussion sur les ressentis perçus au moment de l'écriture.

La chambre sombre. Possible si chacun-e se connaît bien dans le groupe. Se couvrir les yeux et choisir quelqu'un-e sans savoir qui c'est et donner un massage à cette personne sur tout le corps. Puis changer de personne. À la fin, discuter sur le fait de ne pas savoir si c'est un homme ou une femme que nous massons, et sur ce qui est ressenti quant au plaisir et à la sexualité.

Garder traces selon qui parle et quelle prise de parole. Lors d'une réunion, quelqu'un-e prend note de qui parle et de quel type est la prise de parole, selon que ce soit une réponse ou si ce sont des questions et des réflexions. À la fin, relire ces notes et tenter de comprendre la structure de pouvoir au sein du groupe.

Bocal à poisson. Diviser le groupe en séparant hommes et femmes pour discuter sur l'impact du genre dans leur manière de militer. Discuter ensuite en cercle avec un groupe qui peut parler quand l'autre ne peut qu'écouter. Noter ensuite les différences et les similitudes entre les deux groupes.

Court-métrage / drame sociam. Visionner un morceau d'un court-métrage. Arrêter au milieur et jouer ce que nous pensons être la fin. Regarder ensuite la fin du film et discuter pourquoi nous anticipions une fin spécifique en relations avec les rôles genrés.

Statues. Un homme et une femme sont positionné-e-s dans différentes situations, l'un-e soumis-e et l'autre contrôlant. Le groupe dit ce à quoi cela ressemble, ce qu'il en pense, pourquoi se tenir ainsi. Ensuite : même situation avec inversion des rôles avec les mêmes questions au groupe.

Bus. Mettre des chaises figurant un bus et demander à chacun-e de s'asseoir. Noter les différences selon le genre des participant-e-s, puis demander aux un-e-s et aux autres de tenter d'agir comme s'ils/elles étaient du sexe opposé.