Education et non-violence

On veut une société réellement non-violente, mais il n’y en a pas encore. En réfléchissant aux moyens de faire en sorte que la société dans son ensemble s’y rende, nous devons penser à l’éducation également, car l’éducation – formelle et non formelle – est une méthode de socialisation, une méthode que la société utilise pour se former. Penser à la non-violence et à l’éducation signifie que l’on doit définir ce qu’elles sont mais aussi comment elles sont reliées. La non-violence (en principe ou pragmatique) signifie minimiser la violence (physique, mentale, structurelle, et culturelle); ceci implique la cohérence ou le développement de relations respectueuses entre les individus de la société. L’éducation implique la construction du savoir, des habitudes et des compétences ainsi que le développement de la personnalité ou de relations respectueuses parmi les individus de la société. Ainsi, la non-violence sous-entend déjà l’éducation et, vice versa, l’éducation sous-entend déjà la non-violence.

Mais ceci n’est qu’une idée, ce n’est pas encore une réalité. En fait, nous voyons une société réellement violente et une éducation tout aussi violente. Comment nous rendons-nous d’une éducation violente à une éducation non-violente? Il existe différentes réponses à cette question étant donné que l’éducation contient différents aspects. Dans la société moderne, il existe différentes institutions éducatives. Il y a l’éducation formelle (intentionnelle et certifiée, par exemple les écoles) et non formelle (moins structurée que celle formelle, mais plus structurée que l’éducation informelle, comme la Conférence IRG, le groupe thématique, les ateliers). Puisque nos systèmes sociaux violents sont répétés dans nos systèmes scolaires, nous devons combattre comment nous apprenons de manière formelle, ainsi que mettre en valeur comment nous apprenons de manière non formelle.

Il y a différents niveaux et différentes matières dans l’éducation. Mais la non violence touche à tous les niveaux, de l’éducation primaire à celle secondaire et jusqu’à l’éducation tertiaire. Ceci est important pour plusieurs matières, de l’Art à la Citoyenneté, en passant par la Géographie, l’Histoire et les Langues.

Certaines écoles sont publiques tandis que d’autres sont privées. D’un côté, les écoles publiques sont gratuites et souvent gérées par des gouvernements militaristes; de l’autre côté, les écoles privées sont payantes, et peuvent être gérées par des fournisseurs pacifistes.

Il y a des écoles obligatoires et volontaires. D’un côté, les écoles obligatoires forcent l’individu à rentrer dans leur système; de l’autre côté, elles garantissent l’éducation pour tous.

Nous devons donc discuter et peut-être argumenter à propos de ces aspects des institutions éducatives. Voulons-nous abolir l’éducation obligatoire? Ou sommes-nous capables d’offrir des opportunités et des contextes pour apprendre la non-violence au sein de l’éducation publique? Que peuvent les administrateurs, parents, étudiants, ou enseignants faire pour transformer l’éducation formelle? Quels droits et devoirs ont-ils? Ceci nous amène aux aspects des programmes d’études, qui sont aussi nombreux que les institutions. Si nous voyons la relation entre la non-violence et les institutions éducatives comme étant une “éducation non-violente”, nous voyons la relation entre la non-violence et les programmes d’études comme étant une “éducation non-violente”. La non-violence n’est pas seulement une forme d’apprentissage; elle concerne également le contenu de l’enseignement.

Qu’a-t-on besoin d’apprendre, si nous voulons apprendre à créer une société réellement non-violente? Tout comme une société, une société non-violente a au moins deux niveaux, sinon trois. Au premier niveau (micro), nous devons apprendre la non-violence personnelle. Ceci comprend des attitudes spécifiques, des perceptions, des styles de communication, et des comportements. Un bon exemple d’éducation de non-violence de premier niveau est la médiation par des pairs avec les jeunes à l’école. Au deuxième niveau (meso), nous devons apprendre la non-violence sociale. Ceci concerne la discrimination et promeut le respect entre les groupes locaux, qu’ils soient ethniques, linguistiques, ou religieux. Par exemple, la réconciliation locale ou régionale dans les situations post-conflits peuvent être perçues comme étant de l’éducation de non-violence de deuxième niveau. Enfin, au troisième niveau (macro), nous devons apprendre la non-violence politique. Ceci signfie que nous devons analyser les conflits domestiques et internationaux, y compris les guerres civiles, et développer leur résolution civile non-violente tout comme l’éducation civique à l’école. Bien que ces idées semblent être globales ou universelles, il y aura des différences locales et régionales dans l’éducation de la non-violence car il y a des différences dans les situations entre pays comme le Burundi et l’Allemagne, par exemple.

Nous proposons de concentrer le groupe thématique “non-violence et éducation” sur des programmes d’éducation formelle (primaire et secondaire) car le groupe thématique “contre-militarisation de la jeunesse” concernera les institutions d’éducation formelle, tandis que le groupe thématique “formation à la non-violence” concernera les programmes d’éducation non formelle, et le groupe thématique “renforcement de la paix” concernera les institutions d’éducation non formelle.

Nous proposons que lors du jour (1) nous nous présentions ainsi que nos intérêts, nos attentes, et les questions d’éducation et de non-violence. Nous pourrons éventuellement tenir ces discussions avec un enseignant et deux étudiants. Lors du jour (2), nous voulons aborder l’éducation formelle, la (non)violence de premier niveau (micro), et ses problèmes, y compris la violence structurelle des institutions éducatives elles-mêmes. Lors du jour (3), nous aimerions parler de l’éducation formelle, la violence de troisième niveau (macro), et ses problèmes, y compris l’influence politique et les principes d’éducation politique (comme la controverse et l’absence d’endoctrinement) dans les écoles publiques. Et lors du jour (4), nous discuterons des options de coopération transnationale pour l’éducation de la non-violence et nous préparerons le rapport pour le marché.

Les buts et principes des deux institutions d’éducations et des programmes d’études devraient être de faire avancer la liberté et l’égalité – ou la démocratie tout simplement – autant que possible. “Autant que possible” sous-entend qu’il y aura de quelconques problèmes et conflits car la plupart des étudiants sont toujours en développement, avec des personnalités qui ne sont pas pleinement accomplies comme celles de la plupart des parents et professeurs le sont. Il n’y aura jamais un état final de l’éducation non-violente, mais tout comme la non-violence, l’éducation non-violente sera un processus.

Elavie Ndura et Kai-Uwe Dosch