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Économie: Śortir de la crise

Le monde a connu des dizaines de crise économiques au cours des siècles. Parmi les grandes faiblesses du capitalisme il y a son incapacité à se maintenir, sa tendance à générer des bulles qui éclatent avec des conséquences terribles. Sa force semble résider dans sa capacité surprenante à récupérer – et d’habitude sans réforme structurelle majeure. L’effondrement bancaire de 2007-2009, suivi par la crise de la zone Euro, a eu de sévères conséquences économiques et sociales spécialement dans les pays du Nord, laissant de grands pans de la population au chômage (spécialement parmi les jeunes) notamment dans les États périphériques de l’UE.

On peut dire que la crise financière et ses suites n’ont pas grandement affecté les pays en voie de développement, pour plusieurs raisons: L’Afrique est moins intégrée dans le marché mondial. L’Amérique latine et l’Asie paraissait mieux préparées, vu qu’elles ont connu des crises auparavant. Les règlementations bancaires en Amérique latine sont très strictes, chose que la plupart des pays occidentaux n’ont pas encore appris.

D’un autre côté, avec la crise financière, d’autres dimensions de la crise structurelle mondiale, notamment l’environnement, la nourriture et l’inégalité, sont devenues plus visibles. Néanmoins, ce sont les soulèvements politiques, notamment dans le monde arabe, qui ont fait les gros titres ces cinq dernières années.

Pendant ce temps, la mondialisation continue ce qui semble être une course inexorable: La richesse des personnes faisant partie des 1 % plus riches dans le monde représente 110 milliers de milliards de dollars américains, 65 fois plus que la moitié la plus pauvre du monde (Oxfam Report 2014: Working For The Few).

Ce qui est perturbant c’est que tout ce bouleversement n’a sensiblement ni mené a une révolte de masse (en dehors des régions du Moyen Orient et du Nord de l’Afrique), ni augmenté le soutien pour la gauche, dont l’approche keynésienne de relance de l’activité économique était considérée comme gagnante par rapport à celles prêchant des solutions dirigées par le marché. Le résultat est que les gouvernements de droite de l’Ouest président maintenant à de légères embellies dans les nombres agrégés, notamment en termes de performance et de s’en octroyer la responsabilité politique. Mais cela ne se transmet pas en baisse significative du chômage, en partie en raison de la marche inexorable de la mécanisation et restructuration des industries qui n’ont désormais plus besoin d’autant d’ouvriers qualifiés. Le peu de nouveaux emplois disponibles sont souvent créés aux niveaux de qualification les plus bas du système, et/ou en lien avec les économies en voie de développement ou les coûts de main d’œuvre sont faibles.

Question : Quels modèles avons-nous pour une autre perspective: militantisme syndical, contrôle des ouvriers, entreprise sociale, coopératives, business communautaire, monnaies alternatives, systèmes de troc, etc. ?

Écologie: climat, la dernière chance

Tandis que la reprise à la suite de ces crises multiples a occupé la première place dans le débat public, l’ombre beaucoup plus sombre du changement climatique a graduellement occupé une place centrale dans le discours politique. La prise de conscience que la survie de la biosphère comme système vivable est en jeu et que bien trop de temps a été gâché pendant les années cruciales où les niveaux des émissions de CO2 auraient pu être jugules par l’adoption d’un système économique faible en émissions de carbones est finalement là. Les séries de Conférences des Parties ont été essentiellement une longue suite d’opportunités manquées, avec le prochain agenda 21 de l’année à Paris offrant une sorte de « salon de la dernière chance » pour que les gouvernements du monde passent un accord sur les émissions de CO2 qui ne soit pas juste un compromis du plus petit dénominateur commun mais qui représente une vraie transformation socio-économique radicale. Comment faire pour arriver à ce retournement en dix-huit mois est clairement le plus grand défi pour les mouvements progressistes. Mais c’en est un que nous n’avons d’autres choix que d’aborder.

Question : Comment construire des alliances efficaces avec les mouvements environnementaux ?

L’armée: Toujours aussi cupide

Pendant ce temps, le militarisme se porte à merveille. Malgré la baisse significative des ressources dont les gouvernements occidentaux disposent au cours des cinq dernières années, et par conséquent de petites diminutions des budgets nationaux de défense, les dépenses militaires mondiales restent plus ou moins à leur plus hauts niveaux historiques : 1 700 milliards de dollars américains selon le SIPRI. Vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, ceci pourrait sembler difficile à expliquer si on ne prend pas en compte trois forces conductrices clées :

  1. Le pouvoir de pression permanent des majeures industries d’armement et des bureaucraties et institutions associées (complexe militaires, industriels, etc.) ;

  2. Le remplacement de l’URSS comme adversaire principal des États Unis et de l’Otan par : a) le terrorisme islamiste, b) une Chine à croissance rapide, et c) la Russie (encore) sous le régime autocratique de Poutine. Donc, 100 ans après 1914, nous sommes confrontés à la perspective d’une guerre majeure (aussi bien entre États qu’asymétrique) sur trois fronts.

  3. Les conflits armés potentiels (et actuels) pour toutes les ressources économiques clefs: pétrole, gaz, eau, minéraux, métaux précieux, terres rares, terre, zones de pêche et ressources sous-marines

C’est pour toutes ces trois raisons, que l’industrie de l’armement (pas seulement en Occident) peut se frotter les mains dans l’attente de ventes futures importantes et durables.

Question : Le militarisme a-t-il un talon d’Achille et si oui où ?

Connections

Il y a un nombre de connections importantes entre trois domaines : économie, écologie et conflit.

  1. C’est principalement l’économie qui détruit l’écologie

  2. Beaucoup de conflits sont causés par les inégalités et luttes pour les ressources. Le système semble insatiable. Ces gestionnaires manquent de vision sociale.

  3. Le système militaire détourne d’énormes ressources publiques et privées qui pourraient être utilisées pour régler aussi bien l’économie que l’écologie. En même temps ce système provoque d’énormes dommages à ces dernières quand il est libéré dans le vrai combat ; et finalement il a le potentiel de détruire toute vie sur terre avec le nucléaire.

Réponses

Comment les mouvements progressistes citoyens ont-ils répondu à ce moment de crises multiples ? Voici une analyse schématique de certains des mouvements et tendances politiques majeurs. Naturellement, il y a plusieurs chevauchements, possibilités de collaboration ainsi que des exceptions.

Bienfaisance

Banques alimentaires… rôle accru des groupes religieux de tous types.

Aide mutuelle

Fonds de crédit traditionnels, coopératives, reprise par les salariés d’entreprises en faillite. De nouvelles formes liées au mouvement des Indignés, etc.

Conflits Sociaux

Grèves traditionnelles pour l’amélioration des salaires et conditions de travail, manifestations contre l’austérité, appels à la règlementation des banques, etc. Dans le sillage des décennies Thatcher/New Labour, ils sont beaucoup moins importants de par leurs nombre de membres et pouvoir d’organisation/négociation.

Démocratie sociale

Gérer le système, avoir le tigre pour monture, essayer (sans succès) de réguler les banques. Perdre la popularité et dans la plupart des endroits les élections aussi. Scandales de corruption (y compris de parlementaires) n’aident pas. Aussi échec à mobiliser contre le populisme et l’extrême droite.

Léninistes

Beaucoup moins nombreux partout, à l’exception notable de l’Amérique latine. Déchirés entre des tentatives sans succès de gagner dans les processus électoraux et reconstruire leur base populaire à travers la lutte ouvrière. Mais leur histoire et mode de fonctionnement entraînent des suspicions de la part leurs alliés potentiels, et le modèle historique qu’ils représentent est ruiné.

Extrême gauche

Voir léninisme ci-dessus. Quelques succès limités (ex. Die Linke en Allemagne, NPA en France) mais les trotskystes et compagnie sont souvent perçus comme marginaux et manipulateurs des vraies luttes des peuples. Leur comportement proche de celui des sectes n’aide pas.

Les verts

Ce qui était dans le temps une bouffée d’air frais bienvenue en politique est maintenant considérée largement comme un autre groupe de politiciens affairistes essayant en vain de contrôler la grande bête que représente la mondialisation. Compromis aux yeux des pacifistes par leur volonté de soutenir les interventions militaires (par ex. au Kosovo). Dans la plupart des endroits, exclus des grandes décisions politiques.

Anarchistes/libertaires

Rôle central dans les mouvements des Indignés/Occupy. Protestations et luttes locales et directes de tous types. Activisme en ligne, pirates informatiques, Wikileaks/Snowden etc. Très lies aux mouvements et actions environnementaux (ex. antiforage, anti-aéroports, contre la construction d’autoroutes et de barrages, camps climatiques, actions antiracistes, solidarité avec les sans-papiers…). Le défi est d’établir et maintenir des liens avec le système politique général. Souffrent de problèmes de fugacité, marginalité et inefficacité (ex. Occupy). Comme d’autres familles politiques, ils comptent sur l’omniprésence (ou la pollinisation) de la société par leurs idées avant-gardistes, aidant à réorienter le débat (ex. les 1 % contre les 99 %).

Forums Sociaux Mondiaux

Ce que l’on considérait comme une nouvelle forme dynamique de mobilisation locale et transnationale, un espace horizontal de société civile, a suscité de grands espoirs et aussi une grande déception. Le financement s’épuise et l’énergie politique aussi. Motivant mais lourd. Y-en-aura-t-il un autre ?

ONG - associations

Une vaste biodiversité d’organisations en compétition et coopérant les unes avec les autres, souvent dirigées et soutenues par des “réfugiés” désillusionnés par les divers mouvements politiques cités ci-dessus. Certaines sont clairement liées à des partis politiques, corps religieux, leaders charismatiques, et plusieurs sont financées par des gouvernements. Quelques succès spécifiques (ex. mines antipersonnelles) mais limitées précisément par leur spécificité et leur objectif principal trop étroit, incapable de défier véritablement le système dominant.

Question : Où se placent les participants à des conférences dans le système ci-dessus ? Ont-ils des conceptions politiques différentes du paysage de gauche ? Où se trouvent les éléments les plus positifs et avec qui s’allient-ils ?

Choisir nos routes, trouver nos actions

Comment assembler toutes ces dimensions ensemble ? Plusieurs livres ont été écrits pour analyser ces sujets dans de bien plus amples détails que nous pouvons considérer ici. Nous offrons donc les observations suivantes :

  1. Nous reconnaissons que l’IRG se place largement dans le coin anarcho-pacifico-féministe de la carte politique; non que tous ceux et celles dans notre cercle plus large accepteraient cette étiquette, mais c’est celle qui se rapproche le plus de la définition des valeurs que le mouvement a défendu depuis bientôt plus de 100 ans.

  2. Nous ne sommes ni dans un mouvement, ni à une époque dans l’Histoire, dans lesquels il est accepté d’établir des doctrines et programmes rigides que tous et toutes doivent suivre; l’essence de l’approche libertaire est que chaque individu et organisation membre doit trouver sa propre manière de définir ses analyses, priorités et méthodes de travail. La clef réside dans un réseautage efficace et un soutien mutuel.

  3. Une des conclusions principales que nous pouvons tirer du genre d’analyse ébauchée ci-dessus est qu’aucune des réponses à la crise capitaliste mentionnées n’a été couronnée de succès. Sûrement pas en tout cas en renversement l’ordre établi et en le remplaçant par une alternative progressiste durable. On pourrait mentionner le cas de certains régimes en Amérique latine (Venezuela, Bolivie, Équateur…) et parmi les résultats du printemps arabe, la Tunisie comme autant d’exemples d’une sorte de succès. Mais chacun de ces exemples pourraient être remis en cause sur plusieurs points ; et chacun d’eux est né d’un historique politique particulier qu’on ne retrouve pas forcement ailleurs. Au vu de l’immensité de la tâche, et des pouvoirs des groupes d’intérêts contre nous, il n’est pas surprenant que nous nous trouvions en face de plusieurs types d’échecs héroïques. Mais l’histoire a montré (Cuba ?) que même les échecs héroïques peuvent parfois mener à des victoires plus tard dans le temps… C’est aussi une question de savoir comment nous choisissons de vivre. La politique radicale nonviolente implique un engagement bien plus grand que celui de voter pour un candidat ou un parti que nous pensons capable d’apporter le changement. Elle implique faire des choix à propos de toute la gamme des questions du quotidien, de nos emplois et logements à la manière dont nous utilisons nos ressources et nos talents. « Mieux vaut mourir en luttant pour la liberté qu’être prisonnier tous les jours de votre vie » a dit Bob Marley.

Question : L’idée d’échec héroïque est-elle inacceptablement pessimiste ? Quelle est la philosophie de vie derrière notre politique ?

Finalement...

Ce qui est important est que :

  • Nous accroissions notre impact par des formes améliorées de coopération à tous les niveaux géographiques ;

  • Nous communiquions sur nos projets et partagions les leçons apprises de nos interventions ;

  • Nous fassions appel aussi largement que possible aux sociétés auxquelles nous appartenons ;

  • Nous préfigurions dans nos vies et notre travail la société que nous voulons instaurer ;

  • Nous nous motivions les uns les autres par notre créativité, courage, persistance et d’autres qualités positives

Traduit de l’anglais vers le français par Diakhoumba Gassama, Octobre 2014

Veröffentlicht in Le fusil brisé, juin 2014, No. 99